AFP - الجمعة 18 أكتوبر 2019

"Ignited", un comics américain et un éditeur français pour parler des tueries de masse





Los Angeles - Parler des tueries de masse qui endeuillent régulièrement les Etats-Unis à travers des super-héros de bande dessinée ? C'est le pari très politique qu'ont relevé avec la série "Ignited" des auteurs américains et la légendaire maison d'édition française Les Humanoïdes Associés, pour sa première incursion dans ce genre.

"Ignited" conte l'histoire de six adolescents presque comme les autres: ils ont survécu à une fusillade dans leur lycée de Phoenix et, sous le choc et le stress, ils développent des super-pouvoirs.

C'est l'opportunité pour eux de "faire quelque chose" afin de changer un monde qu'on leur présente comme "normal" mais qui leur paraît violent et absurde.

Outre cette voix donnée par "Ignited" aux survivants des fusillades, la série est aussi l'occasion pour les scénaristes Mark Waid et Kwanza Osajyefo d'aborder des thèmes d'actualité sensibles aux Etats-Unis, comme le contrôle des armes à feu, les raids de la police de l'immigration ou les milices d'auto-défense.

"L'univers partagé créé pour +Ignited+ est différent car il ne s'agit pas vraiment de super-héros. Pour moi qui ai écrit des milliers de comics, quand on parle super-héros il y a des masques, des capes, des pouvoirs, des combats contre des super-vilains", estime Mark Waid.

Ici, les vrais "vilains" sont des extrémistes ou la NRA, le lobby des armes à feu: "nos héros se frottent à des choses bien plus réalistes, à un niveau beaucoup plus humain", explique à l'AFP ce scénariste de renom, qui a écrit pour les mastodontes Marvel ou D.C. Comics.

"Les comics de super-héros sont une première pour nous. Notre logique, c'est d'arriver avec un autre angle, un autre message... C'est un peu un ovni à ce stade, qui a le goût et le look des comic-books américains mais qui a un truc un petit peu différent", résume Fabrice Giger, le patron des Humanoïdes Associés, à l'initiative du mensuel lancé cet été aux Etats-Unis.

"Nous sommes partis du constat que Marvel, D.C. Comics ou même de plus petits éditeurs américains sont consensuels. Nous, depuis la revue +Métal Hurlant+, nous avons toujours traité librement de tous les sujets", poursuit Fabrice Giger dans ses locaux de Los Angeles, où les "Humanos" sont implantés depuis 1998.

La maison d'édition a été fondée à Paris en 1974 par les auteurs Jean Giraud (Moebius), Philippe Druillet et Jean-Pierre Dionnet et reste l'un des acteurs majeurs du marché européen.

"Nous sommes une petite société, on peut se permettre de faire des vagues", appuie Mark Waid, devenu directeur du développement créatif chez Humanoids, la branche américaine des Humanoïdes Associés.

"C'est un livre qui tombe à point parce que ça parle de la folie qui a cours actuellement ici en Amérique", tranche-t-il.

Un projet comme "Ignited" aurait-il pu voir le jour chez Marvel ou D.C. Comics, pour lesquels il a travaillé à de multiples reprises?

"Aucune chance, pas à un tel degré, non", répond Mark Waid. "On aurait dû enrober le problème, pour faire comme si les deux camps avaient raison. Mais les deux camps n'ont pas raison, c'est ridicule!", s'agace le scénariste de 57 ans.

Autre exemple du "politiquement correct" en vigueur, son co-scénariste, Kwanza Osajyefo, a lui aussi débuté chez Marvel et D.C. mais a dû se tourner vers une plateforme de financement participatif pour réussir à publier sa très polémique série "Black".

Dans cet univers, salué par la critique, seuls les Noirs développent des super-pouvoirs, ce que les autorités cherchent à étouffer par tous les moyens.

Côté dessin, "Ignited" est servi par Philippe Briones, virtuose français de la bande dessinée et du comics passé par les studios Disney.

Avec les Humanoïdes, il apprécie notamment de pouvoir prendre "le temps de réfléchir" et de discuter avec les auteurs. "Quand tu travailles pour Marvel ou D.C. comics, c'est pas qu'ils ne veulent pas qu'on discute, c'est qu'on n'a pas trop le temps. Je fais un bouquin en trois semaines, deux semaines parfois...", explique-t-il.

Le dessinateur trouve "courageux de traiter un sujet aussi politique" que les fusillades. "En France, l'équivalent serait peut-être les histoires autour du terrorisme, comme le Bataclan. Mais là ce serait vraiment délicat, personnellement je ne voudrais pas traiter ce genre de sujets", dit-il.

"Le plus important, c'est de débloquer la parole autour de ça", estime-t-il.

"Ignited" sort en France le 23 octobre et sera suivi de deux autres séries se déroulant dans son univers ("Strangelands" et "Omni").

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