ao@actualitte.com (trimAntoine Oury)) - 11/10/2019

Peter Handke, soutien de Miloševic, l'erreur de casting du Prix Nobel ?





À peine sortie, mais pas totalement remise, du scandale révélé par le mouvement #MeToo, l'Académie suédoise fait face, depuis l'annonce du Prix Nobel de littérature 2019, à une autre polémique, déclenchée par son choix de l'auteur Peter Handke. Ce dernier s'était fait remarquer à plusieurs reprises pour son soutien affiché à Slobodan Milošević, président yougoslave jugé pour crimes contre l'humanité et génocide.

Peter Handke, en 2006 ("Wild + Team Agentur - UNI Salzburg", CC BY-SA 3.0)


Depuis l'annonce du nom du Prix Nobel de Littérature 2019, ce jeudi 10 octobre, écrivains et politiques ne décolèrent pas, pas plus qu'ils ne s'expliquent ce choix. Dès la confirmation du statut de lauréat de Peter Handke, pressenti quelques heures avant la cérémonie, le Premier ministre de l'Albanie, Edi Rama, a publié un message sur Twitter : « Jamais je n'aurais pensé qu'un Prix Nobel puisse me faire vomir, mais l'absence de gêne et de honte semble devenir courante dans notre monde. »

L'homme politique albanais fait référence au soutien affiché de Peter Handke au régime de Slobodan Milošević et au président yougoslave, décédé en 2006. L'écrivain avait publiquement remis en cause l'existence du massacre de Srebrenica, survenu en juillet 1995 au cours de la guerre de Bosnie : les forces serbes, commandées par Milošević, avaient alors assassiné plus de 8000 Bosniaques.

Jusqu'en 2006 et l'enterrement de Slobodan Milošević, Peter Handke avait affiché son soutien à l'ancien chef d'État, se rendant même à son enterrement. 

L'annonce de la remise du Prix Nobel a suscité des réactions allant de la déception à la colère. Salman Rushdie, qui avait dénoncé les opinions de l'auteur autrichien dès 1999, a déclaré au Guardian : « Je n'ai rien à ajouter aujourd'hui, mais je maintiens ce que j'ai écrit à l'époque. »
 

Un Prix Nobel uniquement tourné vers des considérations artistiques


Mats Malm, chargé par l'Académie suédoise de remettre le Prix Nobel de littérature 2019, a tenu à préciser que celui-ci « est décerné en fonction de mérites littéraires et artistiques. Le mandat de l'Académie ne lui permet pas de peser les qualités littéraires en fonction des considérations politiques. »

Pour autant, beaucoup voient dans l'attribution de la récompense à Handke une faute politique, pour ne pas dire morale. Le PEN America, qui défend les droits des auteurs dans le monde entier, n'a pas hésité à déclarer que « le milieu littéraire méritait mieux » : « Nous sommes abasourdis par le choix d'un écrivain qui a utilisé sa voix pour aller à l'encontre de la vérité historique et offrir une tribune publique aux auteurs d'un génocide », a déclaré Jennifer Egan, présidente de PEN America.
 

"We are dumbfounded by the selection of a writer who has used his public voice to undercut historical truth & offer public succor to perpetrators of genocide," says PEN America President @Egangoonsquad on Peter Handke receiving Nobel Prize in Literature: https://t.co/sKfeqYszeL.

— PEN America (@PENamerica) October 10, 2019


D'autres personnalités politiques ont condamné la décision de l'Académie suédoise : Hashim Thaçi, président du Kosovo, a souligné que « la décision du Nobel réveille la douleur de nombreuses victimes ».

via The Journal, Irish Times

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